Les interrupteurs des frères Castiglioni, la quincaillerie électrique « made in Italy »

L’interrupteur rompitratta, ce sont des lignes qui font partie du répertoire esthétique de la vie quotidienne, dont on oublierait presque les auteurs, Achille et Pier Giacomo Castiglioni. Comme ceux du trombone (Johan Vaaler), ou de la fermeture éclair (Gideon Sundback). L’essence du design industriel en quelque sorte.

C’est aussi un objet qui a connu une diffusion incroyable : 25 millions d’exemplaires produits depuis sa création à la fin des années 1960.

interrupteur castiglioni

Mais pourquoi une figure iconique du design du 20e siècle, le designer du tabouret Mezzandro, des mythiques lampadaires Toio, Arco et Parentesi, s’est-il penché sur la quincaillerie électrique ?

Italie du Nord, années 1950. Autour de Turin, Gênes et Milan, des coopérations étroites et fructueuses entre designers et industriels du meuble et du luminaire se nouent, qui poseront les bases du mythe italien, du prestige du « Made in Italy ». L’expérimentation esthétique est au cœur du processus de production industrielle et les meilleurs designers et architectes de l’époque, Sergio Asti, Cini Bœri, Jœ Colombo, Osvaldo Borsani, Achille et Pier Giacomo Catsiglioni, accompagnent la mutation des usines d’une tradition artisanale d’excellence vers une production industrielle. Ce contexte extrêmement propice à la libération des créativités.

Milan, années 1960. L’entreprise VLM, installée dans un village au Sud de la capitale lombarde, est réputée pour son travail de la bakélite. Elle est spécialisée dans la production de composants électriques (douilles, prises, interrupteurs …) et décide de faire appel aux frères Castiglioni pour développer une gamme d’interrupteurs. Les designers sont déjà des pointures dans le domaine du design de produit et ils ont fait leurs armes auprès notamment des industriels de l’électroménager. Des interrupteurs à main, les rompitratta, naissent de cette collaboration, mais aussi plusieurs interrupteurs à pied (distribués par La Quincaillerie moderne). Leurs lignes sont élégantes et épurées, leur matériau brut et chic, ils se regardent et s'utilisent avec un plaisir similaire : éteint, allumé, le bruit du clic clac est inimitable.

Et on retrouve dans ces objets la démarche à l’œuvre chez Castiglioni : composer avec des objets existants, dans une esprit proche du ready-made. Ces interrupteurs sont faits d’une enveloppe dessinée par les designers, autour de composants électriques existants.

Aujourd’hui encore, le nord de l’Italie concentre un nombre impressionnant de fabricants industriels de l’ameublement, et reste un terrain très fertile pour la quincaillerie électrique haut-de-gamme.

Le « Made in Italy », c’est chic. Dans le domaine de la quincaillerie électrique, c’est même un must.

Notre conseil

« Te rends-tu compte, je suis entré dans tous les intérieurs », s’émerveillait Achille Castiglioni à propos de l’interrupteur rompitratta. Si chez vous ce n’est pas encore le cas, il est temps d’y remédier, car un bel interrupteur, c’est LE détail qui change tout sur un luminaire.

Pour prolonger la découverte

À Milan, la Fondation Achille Castiglioni se visite sur rendez-vous. Elle a été installée dans l’ancien atelier du d’Achille Castiglioni. La fille du designer donnera un éclairage unique aux objets présentés. 


Et si vous préférez découvrir l’œuvre d’Achille Castiglioni depuis votre canapé, une très bonne monographie publiée par les éditions Electa : Achille Castiglioni, Tutte le opere, Sergio Polano, 2018.

Parce que le beau se niche dans les détails

De belles baladeuses en opaline mate, avec un interrupteur Castiglioni. Allumer et éteindre une lampe n’aura jamais été aussi agréable.